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Le Salon

Chaque trimestre, L'Aède compose le portrait d'un professionnel, en faisant ressortir les lignes de son engagement et de sa vision.

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Costume

Diversifier les leviers de médiation : l'utilisation du costume

Entretien d'Anaïs MERAT,

Costumière - Réalisatrice de costumes historiques

Propos recueillis par Laura DUPUI

Le costume est bien plus
qu'un objet de collection.

Avec un peu d'imagination et d'initiatives, il devient un formidable outil de valorisation des territoires, autant qu'un support de médiation culturelle.

Passionnée par le textile, Anaïs Mérat a commencé par apprendre la couture dans le cadre familial. Puis, elle quitte provisoirement son village de l’Aube pour Nogent-sur-Marne. Elle intègre alors le lycée professionnel La Source, où elle obtient un diplôme des métiers d’art (DMA) Costumier-Réalisateur (Bac +2).

Elle enchaîne sur un BTS de modélisme industriel, mais son DMA l’a ouverte à l’Art et l’Histoire de l’Art, qu’elle ne souhaite pas abandonner. 


En partant pour Clermont-Ferrand, pour une licence d’Histoire de l’Art tournée vers les arts textiles, elle oriente dès lors son parcours vers les musées. Finalement, elle intègre l’École du Louvre pour son Master. 


Après quelques expériences professionnelles en musées, Anaïs décide de fonder son entreprise de création de costumes historiques.

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​- Pendant longtemps, la médiation s’est appuyée sur les visites et les audioguides. Mais aujourd’hui, il semble que le costume historique prenne aussi sa place dans les expositions :

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Effectivement, les médiateurs apprécient l’utilisation du costume pour rendre un lieu plus vivant. 
Lorsque je travaillais en Haute-Marne, pour un château, nous avons monté un projet d’exposition de costumes, suite à une programmation de la ville de Langres autour de la Renaissance. Puisque j’étais diplômée dans la création textile, j’ai grandement participé à les concevoir et à les fabriquer. 


Cette collection a investi la salle principale du château. L’intérieur se visitait peu à l’époque, faute de mobilier. L’installation des mannequins en costume a participé à redonner vie à cette pièce : c’était comme si elle était habitée à nouveau. Le public rentrait ainsi en interaction avec les occupants du château, qui en étaient désormais les premiers médiateurs. 


C’est cette expérience qui m’a décidée à retourner dans les métiers du costume. J’ai quitté le château et fin 2018, je me suis installée à mon compte. Je fabrique dorénavant des costumes historiques et un peu de costumes pour le spectacle (https://anaismeratcostumiere.fr).

- Le costume historique a donc un pouvoir immersif ?

Tout à fait, et d’ailleurs ma clientèle est toujours tournée vers la médiation, puisqu’elle est constituée en partie de membres d’associations de reconstitution historique. Ce sont principalement des particuliers qui interviennent dans des châteaux, surtout l’été, pour des événements bénévoles où l’immersion historique attire le public. On peut assister à des bals, des animations de reconstitution…


Le costume agit comme un raccourci vers l’Histoire : sans autre explication, le visiteur plonge dans une époque. À travers le costume, nous voyons des gens et dès lors, nous sommes plus sensibles à ce qui nous entoure. On se met dans la peau d’une autre ère. 


Les monuments historiques et lieux patrimoniaux se tournent également vers moi, mais ils sont malheureusement tiraillés entre leurs envies et les budgets toujours plus serrés dont ils disposent. Je constate aussi, parfois, certains a priori sur le costume, trop souvent perçu comme peu qualitatif, voire comme un déguisement.

- Peux-tu clarifier la différence entre un costume historique et un déguisement ?

Les deux n’ont rien de comparable !  

La création d’un costume repose sur un important travail de recherche historique. Avant de dessiner le moindre croquis, je dois comprendre quel personnage sera représenté : son époque, son statut social, son lieu de vie ou encore le contexte dans lequel il évolue. 


Une fois ces éléments définis avec le commanditaire, je commence la recherche documentaire. Il s’agit de retrouver des traces de la coupe réelle des vêtements. Et c’est cette étape qui fait toute la différence : un déguisement reprend souvent des formes contemporaines qui évoquent un siècle (selon les idées que l’on s’en fait), tandis qu’un costume historique doit restituer fidèlement les méthodes de confection d’origine. 


Le choix des textiles participe aussi à cette reconstitution : je pars généralement du lin et de la laine, mais j’introduis éventuellement de la soie si je dois représenter une personne de la noblesse. À partir du XVIIIe siècle, je peux utiliser un peu de coton. 
Même les couleurs font l’objet de recherches. L’apparition de nouveaux pigments ou, au XIXe siècle, des colorants chimiques, transforme profondément les palettes disponibles. Là encore, chaque détail contribue à la crédibilité du costume. 


Viennent ensuite le patronage, la confection et les essayages lorsqu’il s’agit d’un costume porté. Pour une tenue complète, il faut compter entre 80 et 250 heures de travail.
L’objectif du costume historique est de reconstituer la réalité d’une époque et de ses tendances, ses savoir-faire, ses perceptions du statut et du corps… on est à l'opposé du déguisement !

- Donc tu peux aussi utiliser la création textile comme un outil de médiation ?

C’est en effet quelque chose que j’aime montrer, notamment aux enfants.

J'ai recours à la création d’un costume pour parler d’Histoire, mais également des métiers d’art, ne serait-ce que pour leur exposer le métier de costumier. Puis, on aborde la réalisation, par découpage et collage sur petit format, mais aussi grandeur nature sur des bustes de couture, autour d’un personnage et d’une époque.


Dans l’Aube, nous avons un riche passé textile (notamment à Troyes) et j’assiste de plus en plus à des initiatives de la part des établissements scolaires et en partenariat avec des musées, pour amener la création textile et le costume plus près des élèves. Alors même qu’on a souvent déconsidéré les métiers manuels. 


En ce moment, j’interviens dans des classes en parallèle avec un musée du textile. Nous avons monté un projet en lien avec des collections de bonneterie (la maille ayant été très importante dans notre département) pour concevoir des costumes. Les collections étant focalisées sur les XIXe et XXe siècles, c’est le cadre historique que nous avons choisi pour nos réalisations. Le musée a prêté des mannequins d’exposition et a récupéré des rouleaux de mailles non utilisés pour les enfants, qui ont pu travailler sur leur créativité, sur la matière et sur l’histoire de la mode. 


Globalement les projets leur plaisent beaucoup. Ils voyagent hors des salles de classe et comprennent que la façon dont on s’habille n’est pas immuable, que les codes évoluent...

On aborde ainsi l’Histoire avec un processus artistique.

 

- Quelles opportunités façonnent l'avenir du costume, d'après toi ?

Les animations pour les musées sont de plus en plus régulières et me poussent à toujours améliorer mon approche. Avec toute ma collection personnelle, je peux présenter l’histoire du costume ou déshabiller une tenue que j’ai fabriquée pour montrer comment on obtient la silhouette, toutes les coupes et les superpositions. Ce sont des actions que je mène surtout pour les musées de la ville ou pour des associations qui mettent en valeur certains châteaux locaux. Ce format d’animation est plus abordable qu’une création pour les lieux institutionnels contraints par des restrictions de budgets. 


Cette année, pour les journées du patrimoine, j’aurais également l’occasion de découvrir de nouvelles opportunités. Un défilé est organisé dans les jardins du musée d’Arts modernes de la ville avec des créatrices locales : il faudra s’inspirer des collections exposées (XIX et XXe siècles) pour concevoir des pièces pour le défilé. C’est une animation qui va tourner autour de l’histoire de la mode, mais qui va aussi mettre en valeur la commune, les créateurs et créatrices, le musée, les savoir-faire textiles… 


Ce type de projet montre que le costume est bien plus qu’un objet de collection. Il établit un lien entre patrimoine, création et savoir-faire. Avec un peu d’imagination, il devient un formidable outil de valorisation des territoires, autant qu’un support de médiation culturelle.

Industrie

Production industrielle française : innovation, adaptation et savoir-faire

Entretien de Laetitia ABADIE,

Designer et Chef du Marketing et des Ventes chez SELA

Propos recueillis par Laura DUPUI

Je suis persuadée que l'avenir de
la création et de l'innovation française

repose sur la coopération de l'industrie et de l'artisanat

Attirée par le design et la création, Laetitia Abadie a un parcours à la croisée de l’industrie et de l’artisanat.

 

Après un Master 1 en design produit, elle aura l’occasion de réaliser de nombreux stages chez des artisans (ébéniste, céramiste, porcelainière…) et dans le design de l’aviation.


Puis, elle se reconvertit dans le commerce et le marketing industriels.

Cela fait 6 ans maintenant qu’elle est entrée dans l’entreprise familiale SELA.

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​- Parle nous de SELA : quel est son rôle dans l'économie du territoire ?

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SELA c’est une entreprise centenaire installée dans un petit village bigourdan, avec un rayonnement international.

 

Depuis 1920, à Vic-en-Bigorre, nous imaginons, développons et fabriquons des systèmes d’éclairage et de contrôle innovants, dans l’aéronautique et la marine.

Bien ancrés sur notre territoire, nous avons un grand panel de fournisseurs dans la région : matières premières, produits assemblés, découpés, chaudronniers, maroquiniers…

Notre marché de solutions premium nécessite un suivi sur la qualité de notre production, sur les délais de livraison et les coûts importants. Notre expérience nous a permis de construire des partenariats de confiance, sélectionnés dans notre secteur géographique : puisque nous produisons du sur-mesure, il nous faut de la réactivité, de la qualité et des interactions régulières.

Sur chaque projet, nous pouvons nous appuyer sur un réseau local solide.

- Qu'est-ce qui fait votre expertise ?

Nos savoir-faire !

En mécanique, électronique, optique, mécatronique… Nous détenons aussi un savoir-faire qui devient rare dans le milieu industriel : le bobinage. L’entreprise compte également sur l’expertise de maîtres verriers et a des compétences très spécifiques : l’harmonisation par exemple, qui gère l’homogénéité d’un éclairage sur une platine.

Nos clients font appel à SELA quand ils doivent trouver un mouton à 5 pattes : nos projets sont toujours complexes et nécessitent des solutions techniques, technologiques et d’intégration.

L’histoire de SELA s’est écrite au fil des innovations que nous avons mises en place.

La création de l’entreprise repose sur l’invention du tube lumineux, par Jean-Baptiste Abadie. Ensuite, notre expertise scientifique nous a poussés à créer des produits toujours plus innovants et en phase avec les besoins des époques. Ainsi, nous sommes passés des halogènes aux LED et aujourd’hui, nous mettons la connexion entre l’utilisateur et la lumière au cœur de nos développements.

Face aux moyens et aux ambitions des grands groupes, notre adaptation et notre continuelle montée en compétences font notre force !

- Qu’est-ce qui fait la particularité d’une production française ?

Le Made in France atteste d’une qualité, d’un suivi, d’une traçabilité et d’une expertise qu’on ne pourrait pas trouver sur d’autres secteurs.

Mais produire en France c’est également assurer sa souveraineté : dans nos contrats avec le secteur militaire, nous devons maintenir un standing et un positionnement qui garantissent notre fiabilité.

On mentirait si on ne parlait pas aussi de l’image : notre clientèle VIP est sensible à la French Touch, au je ne sais quoi que nous apportons dans le design de solutions élégantes et précises.

En France cependant, l’encadrement financier peut freiner la compétitivité sur certains marchés et c’est alors l’engagement de l’entreprise qui peut faire la différence. En Chine ou aux Pays-Bas, l’État aide beaucoup les entreprises nationales, notamment dans des secteurs comme l’aéronautique ou la marine et à l’export.

- Dans ton travail de manager chez SELA, quels sont les défis auxquels tu es confrontée ?

Industriels comme artisans, tous les entrepreneurs sont confrontés à une forte concurrence et à des enjeux de transmission de leurs savoir-faire.

C’est aussi notre cas.

La concurrence internationale est féroce, mais SELA a l’avantage d’être implanté dans le pays des principaux avionneurs du marché. Notre carnet de commandes et la confiance de nos clients nous donnent confiance sur l’avenir.

En interne, nous avons un défi de transmission : notre société est dans un basculement suite à de nombreux départs en retraite. Nous sommes fiers d’avoir une moyenne de 20 ans de carrière chez SELA, avec une grosse fidélité des salariés. Et dans les vagues de départ, nous prenons soin d’encadrer les passations pour ne pas perdre la qualité de nos savoir-faire.

Nous sommes également dans des démarches d’amélioration de nos actions pour limiter notre impact sur l’environnement autant que possible. Nous avons enclenché des actions RSE qui englobent défis écologiques, éthiques et sociétaux.

 

- Et comment vois-tu l'avenir de SELA ?

SELA s’est développé sur un marché en croissance. Aujourd’hui, dans l’aéronautique et la marine, les opportunités sont nombreuses et la demande est forte.

Les besoins des clients évoluent et nous nous transformons en fonction, autant dans les processus que dans les développements produits. L’un de nos challenges pour demain sera de favoriser l’expérience utilisateur : de créer des produits qui allient esthétique, confort, adaptation et personnalisation.

Dans notre quête pour l’innovation, nous nous sommes rapprochés des savoir-faire artisanaux : assurer la qualité de l’expérience utilisateur, c’est aussi choisir des matières premières nobles et du travail qualifié.

En mêlant lumière et matière (onyx, bois, pierre…), nous créons des solutions de rétroéclairage plus proches de la nature. Sensibles à l’artisanat d’art, nous développons ainsi des projets en collaboration avec des artisans : je pense que l’avenir de la création et de l'innovation française repose sur la coopération de l’industrie et de l’artisanat.

Œnologie

Créer une expérience unique : casser les codes en revenant aux origines

Entretien de François MIQUEL,

Directeur général d'Ogier et de l'Oratoire des Papes

Propos recueillis par Laura DUPUI

Le vin, c'est un vecteur de lien social. 
Il raconte l'histoire de nos terroirs et il exprime toute notre passion.

C'est le produit régional par excellence !

Passionné par son métier et sa région, François Miquel, 49 ans, a évolué dans le secteur viticole.

Diplômé en œnologie à Montpellier, il se forme ensuite à Dijon, dans un Master de Commerce en vins et spiritueux, pour associer à sa pratique une compétence technique et marketing.

"J’ai commencé par la suite à travailler pour Gérard Bertrand dans le Languedoc, qui est aujourd’hui la grande rock star du vin en France. Et depuis 2013, j’ai le privilège d’être le directeur général d’Ogier et de l’Oratoire des Papes, propriété du groupe AdVini (qui possède des vignobles en France et en Afrique du Sud)".

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​- Et si on plantait d'abord le décor de Châteauneuf-du-Pape ?

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C’est une région qui façonne la vigne depuis deux millénaires, mais sa renommée est un peu plus récente !

L’AOC Châteauneuf-du-Pape (appellation d’origine contrôlée) date de 1936, c’est même la première appellation de France officiellement créée par le Baron Le Roy. Ce grand monsieur, pilote de chasse pendant la Première Guerre mondiale, est en fait le cofondateur de l’Institut national des appellations d’origine (INAO). C’est donc l’un des pionniers de l’encadrement, du contrôle et de la protection de nos savoir-faire viticoles


Pour ce qui est de nos singularités à Châteauneuf, nous avons d’abord une appellation qui s’étend 3 200 hectares de superficie avec quatre types de sol complètement différents dans leur composition : on a des éclats calcaires, des safres (sable en Provençal), des grès rouges et des galets roulés.

Et ces quatre terroirs cohabitent si près qu’on peut passer de l’un à l’autre en seulement quelques pas. Il est important de connaître la structure de nos sols, car selon l’endroit où nous plantons nos vignes, le goût du vin sera impacté par la terre.


Une autre de nos particularités, c’est le nombre de cépages avec lesquels nous sommes autorisés à travailler. Châteauneuf-du-Pape est la seule appellation française qui puisse utiliser 13 cépages : c’est l’un des ingrédients de la belle complexité de nos vins ! Bien sûr, nous avons notre favori, le Grenache, mais comme je l’expliquais juste avant, selon où il est planté, il prend des notes radicalement différentes. 

- Chaque appellation garantit donc l'expression d'un terroir et la qualité d'un savoir-faire :

Tout à fait et aujourd’hui, on a trop tendance à oublier que le vin est un savoir-faire. Pour des raisons de santé publique, il a été mis dans la même case que tous les autres alcools, à tort.


Le vin c’est un vecteur de lien social, parce qu’il est issu d’un terroir. Et ce que nous appelons terroir en français (et qui n’est pas traductible en anglais par exemple) c’est la combinaison du sol, du cépage, du climat et la façon dont on travaille le cépage (en Bio ou non…). C’est ce qui définit la manière dont le vigneron s’occupe de ses vignes et par extension, ce terroir aura un impact sur la qualité du produit, évidemment. 


Par le biais de nos vins AOC, on raconte un travail, on raconte des passions et des histoires qui ont une grande valeur patrimoniale ! Notre production est qualitative parce que nous savons vinifier et mettre en cave depuis des siècles, en suivant des gestes et des traditions : le travail de la vigne est un patrimoine qu’il nous faut protéger. 


Si aujourd’hui notre secteur connaît une crise, je pense que c’est en partie parce que nous avons éludé cet aspect : avant c’était presque un pléonasme, le Français buvait du vin. 

- Quelle est ton analyse sur cette crise qui touche votre secteur ?

La crise viticole, qui affecte particulièrement les vins rouges de la grande distribution, est à deux vitesses : d’un côté elle est liée à une baisse de consommation globale et de l’autre elle est conjoncturelle, impactée par les marchés étrangers. 


On a constaté un épisode durable de déconsommation, en France, aux USA, en Belgique... Les nouvelles générations boivent moins de vin, mais on ne peut pas raisonnablement exhorter les gens à boire ! Donc c’est à nous de nous adapter et il faut modifier les vignobles, c’est-à-dire arracher les vignes, malheureusement. 
Bordeaux est la région la plus touchée, comme le Languedoc et les vins de pays (IGP). Sur notre produit, le Clos de l’Oratoire, nous avons la chance d’être un peu moins impactés, car notre marché est très étendu : nous vendons 50% en France et le reste dans une centaine de pays, donc nous n’avons pas de dépendance.


En ce qui concerne la situation internationale, Trump taxe à tour de bras d’un côté et de l’autre, la Chine n’achète plus. Le marché chinois est protectionniste, donc avec l’arrivée de nouvelles taxes, il s’est retrouvé complètement fermé. C’est simple, aujourd’hui nous avons fait un bond en arrière : la Chine nous est aussi inaccessible qu’il y a 40 ans. Et avec les taxes américaines, les prix de nos produits vont augmenter de 30% aux USA (en prenant en compte la dévaluation de leur monnaie), donc nous n’y serons plus compétitifs.

- Est-ce que cette conjoncture t'a poussé à remettre en question ton activité ?

Nous nous posons tous des questions, surtout maintenant que nous sommes dans le dur de la crise et il est clair qu’elle va encore durer. Pour moi, il faut revenir à l’essentiel : notre histoire, notre terroir et le lien social que le vin crée entre les gens. 


Et tout en effectuant ce retour aux sources, il faut casser les codes : notre appellation est flexible, intéressante et elle nous permet de composer tellement de notes différentes qu’il est possible d’associer nos vins avec tous types de repas. Et même de les boire seuls. 
Si j’ose dire qu’un jeune Châteauneuf-du-Pape avec une pizza, c’est excellent, les autorités morales risquent de s’enflammer ! Pourtant, nous allons être obligés de rajeunir le mode de consommation de nos vins : si on doit attendre de manger des produits exceptionnels, préparés par des chefs étoilés pour déguster nos vins, alors on ne les boit jamais ! 


Et si les rouges sont un peu moins populaires en ce moment (ce sera provisoire), ce n’est pas le cas des blancs.

Les millésimes blancs peuvent s’assurer un bel avenir, car ils se boivent notamment pour les apéritifs. Et à ce titre, je pense que le renouveau de notre secteur passera par les femmes : car ce sont elles qui savent particulièrement apprécier nos produits dans des contextes événementiels et sociaux. 

- Et dans ton domaine, quelles évolutions as-tu prévues ?

Notre Clos de l’Oratoire des Papes s’étend sur 35 hectares de vignes, nous avons donc la chance d’avoir les quatre terroirs de l’appellation sous nos pieds qui nous assurent un large terrain d’expressions. 


Comme je le disais, j’ai fait le choix de revenir à l’essentiel : raconter l’histoire de notre terroir, de notre passion et de notre travail. Et j’ai décidé de pousser cet aspect à son paroxysme : au lieu de visiter un caveau de vente, je propose de faire vivre une expérience exclusive


Depuis 2014, nous restaurons le Prieuré de l’Oratoire des Papes, à Courthézon, village voisin de l’appellation. C’est un site de vinification, d’élevage et désormais, de réception. C’est là que nous accueillons notre clientèle, avant de faire visiter les vignes et les caves.

Ce lieu nous immerge dans l’histoire de notre région, des papes jusqu’aux princes d’Orange qui ont participé au renom de notre vin, mais il nous plonge aussi dans celle de notre viticulture, avec la visite des caves souterraines.

 

Nous proposons évidemment une dégustation et pour ceux qui prennent la formule plus sophistiquée : un dîner est organisé par un chef autour d’une grande table installée dans la cuisine du Prieuré. La rôtissoire tourne tranquillement pendant que le repas s’accompagne d’une dégustation en vertical : des millésimes les plus jeunes aux plus vieux. 

- L'expérience immersive est donc le format que tu recommandes pour la pérennité de votre secteur ? 

Je suis persuadé que l’œnotourisme c’est l’avenir.

Qu’elle passe par le sport, la culture ou la gastronomie, l’expérience est un axe fort qui permet de créer du lien et de raconter avec plus de justesse ce que nous faisons. 


Et il faut dire que c’est aussi une belle opportunité pour rencontrer les consommateurs : dans le monde viticole, nous sommes surtout en lien avec des restaurateurs, cavistes, grossistes… mais là, nous nous adressons directement à ceux qui boiront nos produits. C’est l’occasion de mieux les connaître, d’avoir une discussion constructive autour de nos vins, de recueillir leur avis et de réfléchir à comment nous pouvons adapter notre offre à leurs besoins. En évitant ainsi les intermédiaires, nous sommes également garants de nos prix et c’est important. 


Dans la région Bordelaise, l’œnotourisme est déjà très présent et je pense qu’il faut s’inspirer de leur exemple.

Revenir aux sources tout en changeant radicalement notre façon de faire, pour assurer un bel avenir à notre savoir-faire. 

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